Un an après son entrée en vigueur, la réforme du complément de libre choix du mode de garde (CMG) laisse un goût amer dans la bouche de nombreuses familles. Entre les promesses d’une aide plus juste et la réalité des fins de mois, l’écart se creuse. On fait le point sur ce qui a vraiment changé, qui y gagne, qui y perd, et pourquoi certains parents envisagent désormais de réduire leur temps de travail.
Réforme du CMG 2025 : un nouveau mode de calcul qui bouleverse les budgets
Fini le temps où le CMG se calculait sur des bases relativement simples. Depuis septembre 2025, la donne a changé : les revenus du foyer, le nombre d’enfants, les heures de garde déclarées et le salaire de la personne qui garde l’enfant sont désormais passés au crible. L’objectif affiché ? Une aide « plus personnalisée », censée lisser les inégalités entre les familles.
Sauf que sur le terrain, la musique n’est pas la même. « La réforme a été perçue comme une complication de l’ensemble des dispositifs existants », confiait récemment le député LR Thibault Bazin, rapporteur général de la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale. Un constat partagé par de nombreux parents qui ont vu leur reste à charge augmenter, parfois sans comprendre pourquoi.
Un barème revu pour les crèches et les micro-crèches
Le nouveau barème, dévoilé début août 2025, a concerné en premier lieu les contrats signés pour la rentrée. Les crèches et micro-crèches ont dû s’adapter à des plafonds de ressources recalculés, avec des effets contrastés. Certaines familles ont vu leur CMG augmenter, notamment les foyers les plus modestes avec plusieurs enfants. Mais d’autres, et pas des moindres, ont déchanté.
Prenons l’exemple d’un couple avec deux revenus et un seul enfant à charge, qui sollicite une garde d’environ 130 heures par mois. Selon une enquête de l’Unaf menée au printemps 2026, 43 % des familles qui utilisent entre 125 et 150 heures de garde mensuelles sont perdantes. Autrement dit, le seuil de ressources de la nouvelle grille pénalise les foyers où les deux parents travaillent, y compris ceux qui n’ont pas des salaires mirobolants.
Le salaire de la nounou devient un critère déterminant
Autre nouveauté qui frotte : la rémunération de l’assistante maternelle ou de la garde à domicile est maintenant intégrée au calcul. Si tu emploies une professionnelle dont le salaire est plus élevé — parce qu’elle est expérimentée, formée ou simplement mieux payée que la moyenne — ton CMG peut s’en trouver réduit. C’est un comble : encourager un salaire décent pour les nounous, tout en pénalisant les parents qui le font. On marche sur la tête, non ?
CMG 2025 : qui sont les gagnants et les perdants de la nouvelle formule ?
Pour y voir plus clair, la Fepem, qui représente les employeurs de la garde d’enfants à domicile, reconnaît un « progrès en matière d’équité » pour certains profils, notamment les foyers les plus précaires avec deux enfants ou plus. C’est un vrai point positif : les aides augmentent sensiblement pour les familles qui gagnent moins de 1 500 euros net par mois, surtout si elles ont plusieurs bambins.
Mais le revers de la médaille est lourd. L’enquête flash de l’Unaf est sans appel : 39 % des bénéficiaires ont vu leur aide réduite, et 63 % des 1 792 parents interrogés se déclarent lésés. Parmi eux, beaucoup sont des classes moyennes qui touchent juste au-dessus des nouveaux seuils. Des familles qui ne sont pas « riches » mais qui, du jour au lendemain, doivent débourser 60 à 100 euros de plus par mois pour garder leur progéniture.
Les familles monoparentales en première ligne
Les familles monoparentales, déjà fragilisées par des revenus souvent uniques, n’ont pas été épargnées. Avec un seul salaire, elles peuvent parfois bénéficier de taux de CMG plus avantageux. Mais la prise en compte du « volume réel d’heures de garde » crée des situations absurdes : une mère célibataire qui travaille par horaires décalés a besoin de plus d’heures de garde, donc d’une nounou plus payée, et son CMG peut mécaniquement baisser. On laisse les parents se débrouiller avec des calculs à la tête de l’enfant.
Moins travailler pour payer moins de garde : le scénario qui inquiète
Face à cette équation qui ne se solde pas, des voix s’élèvent. « Nous réfléchissons pour l’année prochaine d’arrêter la nounou et que je travaille à temps partiel », témoigne un couple biactif auprès de l’Unaf. Et ils ne sont pas seuls. Réduire son temps de travail devient parfois une stratégie rationnelle : plutôt que de payer une garde à 900 euros par mois dont les aides ne couvrent qu’une partie, autant rester à la maison ou passer à un temps partiel subi.
C’est exactement ce que redoutent les économistes et les politiques. Thibault Bazin évoque des « effets comportementaux induits par cette augmentation du reste à charge » qui pourraient avoir des conséquences sur l’emploi, en particulier chez les femmes. Un retour en arrière qui aurait tout d’une régression.
La commission des affaires sociales demande un réajustement
Après un an de recul, les auditions parlementaires plaident quasi unanimement pour un réajustement. Sylvie Bonnet, qui a mené ces auditions, rejoint son collègue Bazin sur la nécessité de revoir les seuils et les critères. Mais entre la volonté politique et les contraintes budgétaires, le pas est vite franchi. L’exécutif cherche environ 28 milliards d’euros d’économies pour le budget 2027. Difficile dans ce contexte d’assouplir une réforme qui devait précisément faire des économies.
Comment simuler ton CMG et vérifier si tu es concerné ?
Plutôt que de se fier aux dires du voisin ou aux forums, le plus simple reste de faire une simulation sur le site de la CAF ou sur des plateformes comme Yoopies, qui intègrent le nouveau barème. En deux minutes, tu peux calculer ton nouveau CMG et ton reste à charge, en fonction de tes revenus, du nombre d’heures et du salaire de la nounou.
Si tu as un doute sur ta situation, vérifie les éléments suivants :
- 📌 Déclaration des revenus de 2024 utilisée pour calculer tes droits en 2026
- 📌 Nombre d’enfants à charge et leur âge (moins de 3 ans, entre 3 et 6 ans)
- 📌 Volume d’heures déclaré sur la fiche de paie de la garde
- 📌 Salaire net de la professionnelle (ajouté au calcul depuis septembre 2025)
- 📌 Le type de garde : crèche, micro-crèche, assistante maternelle ou garde à domicile
Dans les micro-crèches, le reste à charge a flambé pour certaines familles, selon les remontées de terrain. Poulpino, un acteur du secteur, publie régulièrement des guides pour aider à comprendre les nouveaux taux et proposer des simulations gratuites. Profites-en, cela peut t’éviter de mauvaises surprises sur la prochaine déclaration trimestrielle.
Les associations familiales montent au créneau
L’Unaf, très active sur le sujet, continue de publier des rapports et des enquêtes pour documenter les effets de la réforme. Son dernier rapport, publié au printemps 2026, a fait grand bruit et a été cité à l’Assemblée nationale. L’observatoire national de la petite enfance (Onape) avait également pointé des chiffres inquiétants dès décembre 2025. Face à cette levée de boucliers, la question d’un aménagement de la réforme est désormais sur la table.
D’un côté, la refonte du CMG représente une vraie avancée d’équité pour les plus modestes. De l’autre, elle crée des perdants inattendus et pousse des parents à repenser leur organisation professionnelle. Après une première année chaotique, le chantier du réajustement est ouvert. Il reste à espérer que les décisions prises en 2026, puis en 2027, ne se feront pas au détriment de celles et ceux qui font tourner le pays à bout de bras : les parents.

Lina Martinez dirige la ligne éditoriale du magazine. Après un parcours en journalisme spécialisé puis plusieurs années en interne dans des maisons de cosmétique parisiennes, elle a quitté l’industrie pour fonder ce fanzine en 2023.